Antisemantisme, blanchiment: L’étau se reserre autour de Thomas Fabius

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Le casino La Mamounia a beau se situer à Marrakech, c’est bel et bien en France que Thomas Fabius a préparé l’escroquerie qu’il est soupçonné d’avoir commise. Dans son arrêt rendu fin août, la Cour de cassation reconnaît la compétence des juges français et valide par conséquent des actes d’enquête dont la défense du fils du président du Conseil constitutionnel tentait, depuis des mois, d’obtenir l’annulation.

Un coup dur pour Thomas Fabius, qui se rapproche de plus en plus, sept ans après les faits, d’un procès en correctionnelle. Tout commence en novembre 2011. L’homme d’affaires et joueur de poker souhaite faire un séjour à La Mamounia, à Marrakech. Mais le règlement du casino est clair : interdit de jouer tant qu’on n’a pas réglé ses dettes. Or le fils Fabius a une sacrée ardoise : 3,7 millions de dirhams.

 

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« Thomas Fabius nous a dit qu’il avait fait un virement »

Auditionné par les enquêteurs le 30 mai 2016, le patron du casino est extrêmement clair : « La règle, sans variable, est que lorsqu’un client doit de l’argent, il ne peut avoir de nouveau crédit. Et ça, Thomas Fabius devait le savoir. […] [Il] nous a dit qu’il avait fait un virement pour régler sa dette et ainsi pouvoir jouer chez nous. »

Le 10 novembre 2011, tandis qu’il se trouve à l’aéroport d’Orly, en partance pour le Maroc, Thomas Fabius faxe ainsi un ordre de virement à sa banque, pour réaliser un premier virement de 100 000 euros à destination du casino.

Quelques minutes plus tard, soucieux de rassurer l’établissement de jeux et alors qu’il n’a pas encore quitté le territoire français, Thomas Fabius transfère les échanges qu’il a eus avec sa banque à un responsable de La Mamounia : « Salut Marc, ci-contre l’ordre de virement confirmé. Bises, à ce soir. »

« Ci-contre l’ordre de virement confirmé. Bises, à ce soir »

Trouvant le document peu lisible, la banque ne procédera au virement que le 19 novembre. Mais ce n’est toujours pas suffisant : il reste encore 200 000 euros à payer. Relancé à de multiples reprises pour s’acquitter de ses dettes, le fils de l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Hollande va alors, selon l’enquête, fabriquer un faux e-mail. Le document, daté du 14 novembre 2011, est soi-disant rédigé par un chargé de clientèle de la Société générale, à Paris, et est adressé à Thomas Fabius à une adresse mail professionnelle d’un groupe immobilier, alors même, assure au Point son dirigeant, que Thomas Fabius n’y travaille pas.

Toujours est-il que cet e-mail, confirmant un virement de 200 000 euros au profit du casino marocain, semble totalement bidonné. Le 16 novembre 2011, Thomas Fabius va encore plus loin et envoie à la direction de La Mamounia une copie d’écran censée refléter la « copie informatique des dernières opérations de son compte bancaire », notent les juges. La copie d’écran fait apparaître trois opérations. Parmi elles, le virement de 200 000 euros, qui n’existe pas.

Plainte de la Société générale

À la mi-décembre, la Société générale porte plainte. Une enquête préliminaire est ouverte, puis une information judiciaire. Les investigations, confiées à l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), vont durer cinq ans, et il faudra attendre 2016 pour que Thomas Fabius soit mis en examen pour escroquerie, faux et usage de faux en écriture privée. Il sera également démontré, après analyse de ses comptes à la Société générale, que l’homme ne bénéficiait même pas d’un solde créditeur suffisant pour virer une somme de 200 000 euros.

Le Point