Anti-Semantisme: Jacques Attali, le millionaire séfarade nous parle “d’entraide”…

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La vie peut être un très joli jeu, si on y joue ensemble, en s’aidant les uns les autres, en se respectant.

Il est un jeu auquel on jouait beaucoup en famille ou avec des amis, dans mon enfance, le soir à la veillée. Une fois tous soigneusement rangés autour de la table, chacun commence une phrase, l’autre la continue, et puis l’autre encore… et cela forme une histoire. Il fallait être capable de répéter tout ce qui avait été dit avant vous et d’ajouter un bout de phrase faisant sens. Parfois, au milieu du jeu venait se glisser un nouveau joueur, un autre s’éclipsait. Parfois, un ami de passage s’exprimait dans une langue étrangère – s’il était seul à la comprendre, ça ajoutait à la difficulté. 

La plupart du temps, la séance se terminait vite : personne ne pouvait se souvenir de plus de cinq, six, sept phrases entendues avant lui. Quatorze fut le record, toujours détenu par un de mes amis qui utilisait des méthodes mnémotechniques connues de lui seul. 

 
 

Ce jeu peut être rendu moins difficile si on s’autorise à prendre des notes pendant que les autres parlent, ou si on n’est pas d’une exigence absolue sur l’exactitude des phrases à répéter, ou encore si on a le droit d’aider son voisin, de nouer des alliances. 

Symbole de l’histoire d’une civilisation

Ce jeu dit beaucoup des joueurs, de leurs obsessions, de leurs désirs, de leurs timidités, de leurs audaces, de leur goût pour la compétition ou la coopération. On peut même voir s’esquisser, au milieu du récit commun, des conversations particulières entre deux personnes, au gré des phrases. 

 

Ce jeu dit aussi beaucoup du groupe – par la façon dont il évolue et dont il invente une histoire. Celle-ci peut être cohérente ou absurde, romantique ou violente, érotique ou banale, dramatique ou gourmande, horrible ou farfelue. 

Ce jeu peut aussi prendre deux formes radicalement différentes, selon que les participants aident celui qui doit parler à se souvenir des textes antérieurs ou que, soucieux de l’emporter, font tout pour lui brouiller l’esprit. 

Ce jeu est plus qu’un jeu. Il est une formidable métaphore de l’histoire d’une civilisation : chaque génération y écrit une phrase, pour poursuivre le roman commencé par les précédentes. Chaque génération fait bien des efforts pour se souvenir de ce que lui ont légué les précédentes et pour le transmettre à la suivante en y ajoutant sa propre création. Et une civilisation dure d’autant plus longtemps que chaque génération fait de plus gros efforts pour aider les suivantes à se souvenir du legs. 

 

L’Express