Afrique du Sud: les immigrés blancs préparent leur remigration.

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ANALYSE. Après plus de vingt ans au pouvoir, l’ANC, qui a échoué dans sa politique de redistribution foncière, devra répondre à l’appel pressant de sa base électorale mais aussi à un devoir de mesure dans la perspective des élections générales de 2019.

En tant qu’ancien Mouvement de libération nationale, le parti doit porter la voix des pères fondateurs, de ceux qui ont combattu le régime d’apartheid et de sa fameuse Charte de la liberté (Freedom Charter), qui reconnaissait dès 1956, entre autres, que le peuple devait se partager la richesse du pays et que la terre devait être partagée par tous ceux qui la travaillent. Par conséquent, l’ANC de gouvernement aurait dû, depuis longtemps, rendre justice à la majorité de la population sud-africaine – les Noirs – devenue dès les années 1910, lors de la colonisation des Afrikaners et des Britanniques et de la mise en place de la politique d’apartheid sur tout le territoire, des « sans-terres », voire des « étrangers », dans leur propre pays.

 

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Les racines du mal

Le pays est aujourd’hui au carrefour de sa destinée, l’urgence étant d’éradiquer ce « péché originel », pour reprendre l’expression fort à propos du chef de l’État, Cyril Ramaphosa, et de sa ministre des Affaires foncières, Maite Nkoana-Mashabane. Car il faut que l’Afrique du Sud retrouve sa dignité perdue du fait de la dépossession générale des terres organisée par les régimes racistes qui se sont suivis en Afrique du Sud. Encore trop visibles dans l’Afrique du Sud contemporaine, les stigmates de cette histoire doivent donc être effacés au nom d’une réconciliation réelle, d’une équité entre les différents groupes : en résumé, au nom d’une paix politique, économique et sociale à laquelle aspire le peuple sud-africain.

La nécessité de revenir à l’histoire

Or la problématique de la terre est encore trop souvent vue à travers le prisme économique, de production agricole et de sécurité alimentaire, et pas assez en termes d’historicité. Pour comprendre le débat autour de la réforme agraire, il est impossible de faire l’économie d’une référence historique en matière d’appartenance à la nation Afrique du Sud, l’histoire ne pouvant pas être balayée d’un revers de main sous prétexte de la fin de l’apartheid depuis les années 1990. Il nous faut revenir à l’histoire de la construction de l’Afrique du Sud et de son évolution dans le temps, car ce « péché originel » y prend ses racines.

Les guerres coloniales contre les royaumes africains, suivies de la découverte des minerais (diamant et or) ayant marqué les débuts d’une dépossession méthodique des terres de la majorité des Sud-Africains, ont construit l’Afrique du Sud que nous connaissons aujourd’hui ; c’est-à-dire, pour paraphraser l’ex-président Thabo Mbeki en 1996 « deux nations sud-africaines », une blanche et une autre noire (sous-entendu une riche et une autre pauvre pour la majorité d’entre elles).

Le Point

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