Pleurniche: des immigrés blancs aux Zimbabwe se plaignent de perdre leurs privilèges

Pour trouver le chemin menant chez Berry, il faut se repérer tant bien que mal grâce aux bornes kilométriques de la route des environs de Bulawayo, au sud-ouest du Zimbabwe. Une barrière à vaches ouvre en grinçant vers la ferme Bickle où Berry, désormais, vit sur la dernière parcelle de ce qui fut une immense propriété familiale de 40 000 hectares. De la route, rien ne signale la demeure, maison de plain-pied de quelques pièces. Au bout du chemin, on a tendu des écrans géants de tissus d’extérieur pour boucher la vue.

Derrière les écrans vert sombre, la scène est d’une douce tranquillité. Berry Bickle est en train d’arranger des fleurs. Des enfants jouent dans la piscine. C’est dimanche. Des amis, aux familles dispersées entre le Zimbabwe et l’Afrique du Sud, sont venus déjeuner. Milieu ouvert, progressiste, inhabituel chez les fermiers blancs. Un petit-fils métis court partout. Il va de soi que les nouveaux voisins noirs, installés sur les parcelles distribuées après l’expropriation des terres de la famille Bickel, n’ont pas été invités. Les relations sont exécrables.
Laissé pour mort
A l’intérieur de la maison ancienne, l’impression de vivre en état de siège s’est atténuée depuis qu’Emmerson Mnangagwa a pris le pouvoir, en novembre 2017, lors d’un coup d’Etat en douceur. L’ex-vice président, surnommé, depuis la guerre civile, « Ngwenya » (le Crocodile), a mis fin à la pression qui pesait sur les derniers fermiers blancs du Zimbabwe. Robert Mugabe n’avait reculé devant rien pour tenir le pays d’une main de fer depuis l’indépendance, en 1980, y compris en lançant une réforme agraire dite accélérée, qui s’était transformée en grande curée sur les terres des Blancs. Quand il a été chassé du pouvoir, il s’apprêtait à poursuivre les saisies.

Le Monde