Leukodécadence: 123.668 divorces recensés en France

 

Mai-septembre. La saison des mariages bat son plein. Cette saison où plus de 70% d’entre eux sont célébrés. On aurait pu faire un article sur l’amour pour l’éternité, jeter du riz et crier “vive les mariés”, mais à quoi bon se mentir ? L’histoire qu’on est bien plus curieux d’entendre, c’est celle qui n’arrive pas tous les jours. Celle qu’on ne voit que dans les films.

C’est quoi les chiffres ?

En 2015, on a enregistré :

  • 236.316 mariages (dont 228.565 entre personnes de sexe différent et 7.751 entre personnes de même sexe)
  • 123.668 divorces
  • 188.947 pacs

Existe-t-il pour de vrai, ce cliché du râteau devant l’autel, immortalisé par Hugh Grant dans “Quatre mariages et un enterrement” ?

Rappel (et “spoiler” pour ceux qui n’ont jamais vu le film) : à la fin, il admet dans l’église en préférer une autre et se prend un bon gros coup de poing de sa fiancée, folle de rage.

Bande-annonce de “Quatre mariages et un enterrement”. A 1’14, la scène du coup de poing.

Ça se passe comment en vrai ? Cinq personnes ont accepté de nous raconter leurs histoires. Cinq points de vue sur deux mêmes mots : “Finalement, non.”

1Nathalie, celle qui annule

Avec l’ex de Nathalie (tous les prénoms ont été changés), tout est allé très vite. Ils se sont rencontrés en janvier 2010 et en février 2011, ils étaient séparés. Mais entre-temps, ils avaient organisé leur mariage dans les plus petits détails (faire-part, repas, ronds de serviette).

Le mariage est lancé dès juillet 2010, quand Nathalie et son copain partent en vacances :

“Il m’a fait le truc hyper-romantique. Au bord d’une piscine, il m’a offert la bague, m’a demandé si je voulais l’épouser. J’ai dit ‘oui’.”

Nathalie dit que c’était son rêve de petite fille : le mariage, la robe blanche. Elle était contente. Ensuite, tout va encore plus vite. A leur retour de vacances, ils emménagent ensemble.

Les débuts sont tendus avec beaucoup d’engueulades, mais le couple se donne à corps perdu dans les préparatifs :

“Quand tu commences à parler de mariage, l’atmosphère change autour de toi. La mère de mon ex était très très mariage. Elle voulait tout organiser. Un jour, on est arrivés chez elle et on l’a vue en train de faire les 150 ronds de serviette à la main.

En septembre, on est allé faire tous les salons de mariage. Une super expérience que je ne conseille à personne. Tu es entourée d’hystériques qui cherchent leurs dragées et leur robe.”

Fin décembre, tout est prêt. Le traiteur, la mairie, la salle. La robe à 2.000 euros est commandée, mais pas encore faite :

“On passait tous nos week-ends à ça. On devait être 200 au vin d’honneur, 150 au dîner. Avec 40% de gens que je ne connaissais absolument pas.”

La machine a l’air si bien huilée qu’on se demande ce qui a pu la faire dérailler. Nathalie raconte qu’à Noël, quand ils sont partis en vacances, elle était odieuse sans trop savoir pourquoi. En réponse, elle s’est posé quelques questions mais a surtout accéléré la cadence :

“Un soir, j’ai envoyé tous les faire-part d’un coup.”

A la Saint-Valentin, il fait le truc “too much” pour elle : il lui envoie une rose à son travail. D’un seul coup, elle prend conscience que ça ne va pas coller et quitte son fiancé une semaine plus tard :

“Tout ça ne me correspondait pas. […] A l’église, pendant la préparation avec le prêtre, déjà j’avais été étonnée. En fait, on n’en avait jamais parlé, mais pour lui, le divorce n’était pas une possibilité envisageable. Tu te mariais qu’une fois et c’était tout.”

Nathalie a rappelé un à un les invités. Tout le monde a été très gentil avec elle, même du côté de la famille de son ex. Aujourd’hui, elle croit s’être surtout attachée à la famille de son ex, mais aussi s’être accrochée au mariage pour oublier ce qui n’allait pas. Une grande diversion :

“Je crois qu’en fait, mon rêve c’est plutôt vingt personnes sur une plage. Un truc simple où on se prend pas la tête.”

 

Le Nouvelobs